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Priscilla de Halleux
perte de poids

Ozempic, Wegovy, Mounjaro : et si le vrai travail commençait après l'injection ?

Assiette de saumon sur quinoa avec brocolis et citron — alimentation équilibrée complémentaire aux traitements GLP-1

Ces dernières années, j’ai vu arriver en consultation de plus en plus de patients qui prenaient ou envisageaient un médicament de type GLP-1 — Ozempic, Wegovy, Mounjaro. Certains venaient parce que leur médecin le leur avait suggéré. D’autres parce qu’ils en avaient entendu parler partout. Beaucoup se posaient une question simple : est-ce que ça suffit ?

Ma réponse honnête : ces médicaments sont remarquables. Mais non, ça ne suffit pas.

Ce que ces médicaments font vraiment

Le sémaglutide (Ozempic, Wegovy) et la tirzépatide (Mounjaro) sont des agonistes des récepteurs GLP-1 — une hormone naturellement produite par notre corps après un repas, qui signale au cerveau qu’on est rassasié. Dans le corps, ce signal dure quelques minutes. Ces médicaments en créent une version synthétique qui dure toute la semaine.

Le résultat concret : ce que les patients décrivent souvent comme le “bruit alimentaire” — cette pensée constante de la nourriture, l’envie de grignoter, l’impression de ne jamais être vraiment rassasié — s’apaise considérablement. Les essais cliniques montrent des pertes de poids de 15 à 20% du poids corporel, des chiffres qu’on n’avait jamais vus sans chirurgie bariatrique.

Ce n’est pas de la magie. C’est une intervention biologique réelle, sur un mécanisme réel.

Pourquoi notre biologie nous joue des tours

Pour comprendre pourquoi ces médicaments fonctionnent si bien, il faut comprendre pourquoi nous avons autant de mal à résister à la nourriture.

Pendant la majeure partie de l’histoire humaine, la nourriture était rare. Quand nos ancêtres trouvaient une source d’énergie dense — des fruits mûrs, du miel, de la viande grasse — se gaver n’était pas un excès, c’était une stratégie de survie. Ce réflexe est câblé profondément dans notre biologie.

Aujourd’hui, nous vivons entourés d’aliments bon marché, denses en calories, conçus industriellement pour être irrésistibles. Notre cerveau ancestral répond exactement comme il devrait — avec envie et urgence. Ce n’est pas un manque de volonté. C’est notre biologie dans un environnement pour lequel elle n’a pas été conçue.

Les GLP-1 agissent directement sur ce mécanisme. Ils ne forcent pas la volonté — ils baissent chimiquement le volume de la faim.

Le problème du bouton “muet”

Voilà où ça se complique. Ces médicaments n’apprennent pas au corps à gérer la faim — ils la suppriment temporairement. À l’arrêt du traitement, le “bruit” revient. Et il revient vite.

Les données sont claires. Une méta-analyse publiée en 2026 dans eClinicalMedicine (Budini et al., Université de Cambridge), portant sur 48 études et 3 236 participants, montre qu’à 1 an après l’arrêt, 60% du poids perdu pendant le traitement est repris. Au-delà, la reprise se stabilise autour de 75% du poids initialement perdu. La demi-vie de cette reprise est de 23 semaines — soit moins de 6 mois pour récupérer la moitié du terrain perdu.

Ce n’est pas un échec des patients. C’est une conséquence prévisible d’une intervention purement biologique, sans travail parallèle sur les habitudes.

Le risque qu’on ne mentionne pas assez : la masse musculaire

C’est le point qui m’inquiète le plus dans ma pratique.

Quand on perd du poids très rapidement — ce que ces médicaments permettent — le corps ne perd pas que de la graisse. Sans apport protéique suffisant et suivi nutritionnel adapté, jusqu’à 40% de la perte de poids peut provenir de la masse musculaire. C’est ce qu’on appelle la sarcopénie.

Perdre du muscle, c’est ralentir son métabolisme de base. C’est rendre la reprise de poids encore plus facile à l’arrêt du traitement. C’est aussi affaiblir son corps physiquement — avec des conséquences réelles sur l’énergie quotidienne, la posture, la force.

L’impédancemétrie que j’utilise en consultation prend tout son sens ici : elle permet de suivre précisément l’évolution de la composition corporelle, pas seulement du poids. Une perte de 5 kg n’a pas la même valeur si elle vient de la graisse ou du muscle.

Ce que je fais concrètement avec mes patients sous GLP-1

Quand un patient vient me voir en prenant ce type de médicament, on travaille sur deux fronts simultanément.

Pendant le traitement, l’enjeu est de maximiser la qualité de chaque repas. L’appétit est réduit — parfois drastiquement — ce qui signifie que chaque bouchée doit être nutritionnellement dense. On définit ensemble des objectifs protéiques précis, on intègre des sources de fibres et de micronutriments prioritaires, et on adapte les textures si des nausées sont présentes.

En parallèle, on commence à travailler sur ce qui se passera à l’arrêt. Parce que le médicament ne dure pas éternellement — soit pour des raisons médicales, soit pour des raisons économiques (ces traitements restent coûteux et peu remboursés). Apprendre à reconnaître les vraies sensations de faim et de satiété, identifier les déclencheurs émotionnels ou contextuels qui font manger au-delà du besoin, construire des habitudes qui ne dépendent pas d’une aide chimique : c’est un travail de fond qui prend du temps.

Ma position

La question n’est pas de savoir si ces médicaments sont une bonne idée. C’est une décision médicale qui appartient à votre médecin. La question qui m’occupe est différente : comment faire en sorte que la perte de poids dure ?

Ce que je vois, c’est que ces traitements peuvent être un outil puissant pour des personnes qui luttent depuis des années avec leur poids. Ils offrent une fenêtre d’opportunité — un moment où la faim est moins bruyante, où il est plus facile de changer ses habitudes sans combattre en permanence une biologie qui résiste.

Mais cette fenêtre ne dure pas. Et si on ne l’utilise pas pour construire quelque chose de durable, on se retrouve au point de départ — parfois avec moins de muscle qu’avant.

Ce n’est pas l’injection qui change la vie. C’est ce qu’on fait pendant et après.

Note importante : Tout arrêt ou modification d’un traitement médicamenteux doit se faire en concertation avec votre médecin. Cet article est à visée informative et ne remplace pas une consultation médicale ou diététique personnalisée.


Sources citées dans cet article : Wilding et al. (2021), NEJM (essai STEP 1) ; Jastreboff et al. (2022), NEJM (essai SURMOUNT-1) ; Aronne et al. (2024), JAMA (essai SURMOUNT-4) ; Budini et al. (2026), eClinicalMedicine / The Lancet — méta-analyse sur la trajectoire de reprise de poids après arrêt des GLP-1 ; Harari, Y.N. (2014), Sapiens.

FAQ

Questions Fréquentes

Faut-il consulter une diététicienne quand on prend de l'Ozempic ?

Oui — et c'est même particulièrement important. Ces médicaments réduisent fortement l'appétit, ce qui augmente le risque de carences et de perte musculaire si chaque repas n'est pas optimisé. Un accompagnement nutritionnel permet de protéger la masse musculaire, d'éviter les déficits et de préparer l'arrêt du traitement.

Que se passe-t-il à l'arrêt de l'Ozempic ?

La faim revient, souvent forte. Sans avoir travaillé en parallèle sur les habitudes alimentaires, la reprise de poids est rapide — les études montrent que la majorité des patients retrouvent une part significative de leur poids initial dans les 18 mois suivant l'arrêt. C'est précisément là qu'un suivi diététique fait la différence.

L'Ozempic remplace-t-il le suivi diététique ?

Non — il le complète. Le médicament agit sur la biologie de la faim, le diététicien agit sur les habitudes. Les deux sont nécessaires pour un résultat durable.

Cet article est rédigé à titre informatif et ne remplace pas une consultation médicale.

Priscilla de Halleux

Diététicienne agréée

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